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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 20:33

Charles Delestraint

(1879-1945)

Article de Bruno Leroux, paru page 402 dans le Dictionnaire  historique de la Résistance,

sous la direction de François Marcot, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2006, 1190 p.

 

Charles Delestraint naît à Biache-Saint-Vaast (Pas-de-Calais) dans une famille modeste du Nord, pétrie de patriotisme et de foi catholique. Sorti brillamment de Saint-Cyr en 1900, il est capitaine en 1914. Mais après un premier engagement au cours duquel il se distingue, il est fait prisonnier et connaît pendant près de quatre ans l’expérience frustrante de la captivité en Allemagne. A son retour, il voue sa carrière aux chars, arme nouvelle choisie dès sa sortie de l’école de guerre et dont il devient le spécialiste le plus reconnu. Le général de brigade Delestraint aura sous ses ordres un certain colonel de Gaulle, d’abord à Metz pendant deux ans, puis lors de la campagne de 1940, où sa conduite au milieu du désastre lui vaut une citation à l’ordre de l’armée.

Mis à la retraite après l’armistice et retiré avec son épouse à Bourg-en-Bresse, Delestraint refuse de considérer que la défaite soit définitive. Sans rompre avec la légalité, il regroupe les «anciens des chars» au sein d’amicales et, dans les réunions qu’il anime en zone libre, leur demande de garder l’espoir d’une future libération où ils pourraient jouer leur rôle. Son attitude critique à l’égard de Pétain et de son gouvernement lui vaut un rappel à l’ordre écrit de Vichy en février 1942.

Son état d’esprit est suffisamment connu pour qu’en août 1942, par l’intermédiaire de Combat, il soit sollicité pour commander la future Armée secrète, destinée à regrouper les éléments para-militaires des trois grands mouvements de zone sud, le futurs Mouvements unis de Résistance (MUR). Un simple échange de télégrammes avec de Gaulle, suivi d’une rencontre avec son délégué, Jean Moulin, amènent ce général de division en retraite à se mettre aux ordres de son ancien subordonné et à se lancer, à soixante trois ans, dans une action clandestine dont il ignore tout.

Néophyte dans la micro-société résistante, Delestraint va être au cœur des tensions entre la France libre et les mouvements du fait de l’accélération des évènements à partir de novembre 1942. Invasion de la zone sud, dissidence d’officiers de l’ex-armée d’armistice, naissance des maquis en réponse au Service du travail obligatoire : autant de facteurs qui mettent maintenant au premier plan la question de la lutte armée et du contrôle des groupes qui l’exercent —d’autant que les victoire alliées font grandir l’espoir d’une libération prochaine.

Delestraint établit son poste de commandement à Lyon. Immédiatement, il se heurte à Henri Frenay, le vrai «père» de l’AS devenu responsable militaire au sein du comité directeur des MUR. Soutenu par Moulin, Delestraint se veut l’interprète des consignes de Londres : il faut séparer l’AS des mouvements et ne pas l’engager dans l’action immédiate pour préserver son potentiel en vue du Débarquement, autant par réalisme que par volonté d’autonomie politique.

Ne pouvant s’appuyer que sur un état-major fourni en majorité par les mouvements, Delestraint part à Londres en février 1943, en quête d’un renforcement de son autorité. De fait, de Gaulle le confirme dans ses vues et étend son commandement à la zone nord. Il réussit par ailleurs à faire forte impression sur les chefs militaires alliés, qu’il convainc des possibilités de la Résistance au jour J. C’est aussi sur son initiative qu’est adopté le plan «Montagnards» relatif à l’utilisation future du Vercors par des unités parachutées, et dont il suivra personnellement la mise en place à son retour.

Delestraint revient donc en mars renforcé dans sa légitimité et décidé à appliquer les consignes alliées de freinage des «actions immédiates» contre l’ennemi. Mais en deux mois, l’évolution sur le terrain remet tout en cause ? La poursuite de la lutte armée en zone nord par les communistes, et surtout la multiplication des maquis en zone sud conduisent de Gaulle à prendre acte de l’importance grandissante de formations militaires vouées à l’action immédiate (groupes francs, maquis), et dont le commandement ne peut être que décentralisé. Ainsi en mai 1943 la mission de Delestraint est-elle restreinte à celle d’un «général inspecteur» pour toute la période antérieure au Débarquement. Il ne garde le contrôle effectif que des «réservistes» de l’AS (préservés pour le jour J), et ne devra prendre le commandement de toutes les forces para-militaires que lors du Débarquement. Delestraint assume cette évolution. Trop militaire aux yeux de Frenay ou d’Emmanuel d’Astier pour comprendre la nouveauté de l’action clandestine et oser contester les consignes des états-majors, sa modestie intellectuelle est cependant appréciée de leurs adjoints Claude Bourdet et Raymond Aubrac.

Mais le 9 juin 1943, alors qu’il a déjà dû réformer en zone sud en état-major décimé par des arrestations, il est lui-même arrêté à Paris avec son adjoint, le colonel Gastaldo. Déporté en mars 1944 au Struthof, puis transféré à Dachau, il devient un des membres du comité international clandestin du camp. Quelques jours avant l’arrivée des Alliés, en avril 1945, il est abattu par les SS. Fait Compagnon de la Libération à titre posthume, son nom a été inscrit au sein du Panthéon en 1989.

                 Bruno Leroux

Bibl. : Guillin François-Yves, le Général Delestraint, le premier chef de l’Armée secrète.

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Published by Duny-Pétré Arnaud
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  • : Biographie du Lieutenant-Colonel Jean-Baptiste Pétré, chef régional de l'Armée Secrète AS à Marseille. Archives de l'AS, de la déportation, de l'épuration. Campagne de France et Résistance durant la 2ème guerre mondiale.
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