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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 20:44

Deuxième partie : Le jeune officier

Marseille 1925-1939

 

I.- Le journaliste et l’écrivain

 

Jean Pétré s’installe donc à Marseille, 7 rue Puget, dans un appartement qu’il partage avec son collègue Emile Billot, Marseillais de vieille souche, qui termine sa carrière de postier comme instructeur des jeunes contrôleurs. Nous avons là deux célibataires. Ils ont pour les servir une gouvernante, Madeleine Dupeyron, l’ancienne repasseuse de la rue Puget, qui loge dans l’immeuble situé exactement en face de leur appartement.

M. Billot qui possède une culture et une intelligence peu communes, est déjà connu à Marseille comme publiciste et conférencier, sous le nom de Emile de Vireuil. C’est le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Massalia dont le directeur est Paul Goyet. Sous son influence, Jean Pétré devient le principal collaborateur du journal et prend le pseudonyme de Jean Duhalde. Il lit énormément et suit avec passion toutes les manifestations de l’esprit et de l’art. Bientôt, il se spécialise dans le genre moqueur, tout en sachant rester amusant et spirituel. Chaque semaine, son article fantaisiste «Ecrit en pyjama», ainsi que ses «Echos» savoureux, ont un succès toujours grandissant.


EMILE DE VIREUIL ET JEAN PÉTRÉ, 7 RUE PUGET, 1936

 Emile de Vireuil et Jean Pétré au 7 rue Puget à Marseille.

 

Jean Duhalde fait aussi périodiquement des conférences à la radio de Marseille. Il a beaucoup travaillé son style, toute son attrayante personnalité apparaît pleinement dans des phrases ou des expressions bien à lui qui font le régal des auditeurs. Bientôt, il compose des romans d’aventures du genre policier qui paraîtront en feuilleton dans Massalia. Nous citerons en particulier le mystère du Pharo, l’affaire Cauvin ou le drame de la Blancarde, le Boudha de Jade, etc. Le genre historique le tente aussi et c’est ainsi qu’il écrit un ouvrage sur la pittoresque personnalité du gentilhomme et brigand provençal, Gaspard de Besse. Nous avons aussi de lui, en vers cette fois, quelques drames lyriques faits en collaboration avec Emile de Vireuil.

Au milieu de la diversité de son œuvre, le Pays Basque n’est cependant pas oublié. Voici notamment Etxaldea, la petite propriété rurale, roman de mœurs, dont il tire une pièce en trois actes intitulée Leur maison. Voilà aussi quelques nouvelles, Ixabela, qui a pour cadre la vieille ville de Saint-Jean-Pied-de-Port pendant les années qui précèdent la Grande guerre et Sorginak, Les Sorciers, récit heroï-comique où l’on retrouve le caractère superstitieux des montagnards basques.

Par ailleurs, Jean Duhalde fréquente beaucoup les artistes lyriques, les peintres, les sculpteurs et les hommes de lettres. Signalons au hasard de ses connaissances Pierre Marseille, qui fera de lui le portait célèbre de L’homme au camée, belle toile d’environ un m2 ; Suzanne Sardin, qui dessinera sa tête de profil. Il restera très lié avec le sculpteur marseillais Raymond Servian, ainsi qu’avec Léon Bancal qui s’identifie toujours avec Le Provençal.

 

Portrait Jean Pétré par Pierre Marseille, 1932

"L'homme au camée", portait de Jean Pétré par Pierre Marseille, dans l'appartement du 7 rue Puget.

 

Parmi d’autres amitiés solides et sincères, nous noterons comme au hasard des différentes époques de sa vie : M. Sagardoy, industriel à Marseille, un ami d’enfance, retrouvé par hasard dans la grande cité phocéenne ; le R. P. Camille Valette, Grand prieur des Dominicains, dont la famille est originaire du Pays Basque et qui vécut longtemps à Saint-Maximin et à Sainte-Baume ; M. Balansard, professeur à la Faculté de médecine de Marseille ; M. Boujart, docteur en pharmacie à Saint-Maximin (Var) ; M. Giocanti, avocat au barreau de Marseille ; et surtout l’actuel colonel Simon dont nous reparlerons.

 

II.- Le dilettante

 

Tous ceux qui ont connu Jean Duhalde savent qu’il était ce qu’on appelle à Marseille «un beau jeune». Très coquet et soigneux de sa personne, toujours au courant de la dernière mode, il a l’élégance d’un véritable Jeune premier et selon son expression, il fait «des ravages dans les cœurs féminins». Au cours de ses congés, il s’évade parfois vers la Côte d’Azur où l’on vient justement de «découvrir» un charmant petit village de pêcheurs appelé Saint-Tropez, et que la meute des Parisiens et des snobs ne fréquente pas encore. Aimant la société, brillant causeur, danseur infatigable, nous le retrouvons là-bas, avec toute une bande de jeunes gens de son âge, parmi les estivants d’avant la guerre. Féru de bains de soleil dans les roches des calanques, on le voit aussi danser le Charleston à l’ombre des palmiers.

 

Jean Pétré 1927 escalier gare St Charles

Le mondain et l'arbitre des élégances: Jean Pétré en 1927 sur l'escalier de la gare Saint-Charles à Marseille. 

 

En 1934, sa carrière dans les PTT lui vaut d’être nommé Contrôleur des services maritimes postaux sur la ligne d’extrême-orient. C’est ainsi qu’il s’embarquera sur le Porthos, à destination du Japon. Un pareil voyage, quoique long et fatigant, devait présenter pour lui tous les plaisirs d’une croisière. Ce fut effectivement une sorte de couronnement de sa vie mondaine. Changeant de costumes plusieurs fois par jour, il devient à bord le véritable arbitre des élégances, et parmi les passagers «la coqueluche de ses dames». Une longue et amusante correspondance avec son ami de Vireuil fait état de ses impressions de voyage, qu’il s’agisse de la vie à bord des paquebots, des escales en des ports lointains, ou de ses fréquentations aussi variées que pittoresques.

De retour à Marseille, il se sent tout de même un peu las, et pour la première fois, il éprouve un réel plaisir à aller faire un long séjour dans ses «vertes Pyrénées».

Depuis quelques années, il s’intéresse tout particulièrement à l’éducation de son neveu Pierre dont il suit de près les études au Lycée de Bayonne. En 1935, il le fait venir à Marseille, afin de lui permettre de préparer sa licence ès-Lettres à Aix-en-Provence. L’oncle et le neveu deviennent inséparables. Quoique de caractères fort différents, ils partagent les mêmes goûts artistiques et littéraires, ils aiment la mer, le soleil, la natation et surtout le canoë, que l’on a remisé à l’entrée du Vieux-Port. Dans le quartier de Saint-Jean que dominent les câbles énormes du Pont transbordeur, on les appelle «les deux frères»… et le neveu d’ajouter : «Bien entendu, c’est moi l’aîné !»

 

III.- L’officier de réserve

 

Oui mais, de temps en temps, pendant des «périodes» plus ou moins longues, le joyeux Jean Duhalde s’estompe pour céder la place à l’Officier de Réserve Jean Pétré.

Voilà encore ici un nouvel aspect de sa vie. Cet homme étonnant, aux activités aussi nombreuses que débordantes se transforme tout à coup en un excellent commandant de compagnie que «ceux de l’active» jalousent d’ailleurs quelque peu. Le 141e RIA est devenu déjà «son» régiment. Au cours de nombreuses manœuvres qu’il fait à Carpiagne ou dans les Alpes, il apprécie à sa juste valeur, l’endurance, la gaîté et l’audace tranquille de jeunes méditerranéens, qu’il s’agisse de Provençaux, de Corses, de Niçois ou de Languedociens. Il aime leur caractère frondeur dans lequel il se retrouve quelque peu lui-même. Pour lui, un soldat n’est jamais mauvais, du moment qu’il fait preuve de «cran» et qu’il a bon cœur. Du reste, de très nombreuses photos qu’il gardera de ces «manœuvres» prouvent bien à quel point il était déjà attaché aux Alpins du 141e.

 

Jean Pétré 1937

Jean Pétré, officier de réserve en 1937.

 

C’est aussi dans cette ambiance montagnarde et sportive des périodes militaires, qu’il fait la connaissance d’un officier de Chasseurs alpins, le futur colonel Simon, dans le civil, Chef du Service départemental des travaux cadastraux. Les deux réservistes sympathisent tout de suite. Leurs caractères sont pourtant bien différents. D’origine bourguignonne, M. Simon n’a même physiquement rien de commun avec M. Pétré. Solide et râblé, c’est un skieur éprouvé et un fervent des escalades en haute montagne, ayant été autrefois président de la Société des alpinistes dauphinois de Grenoble. Mais il faut croire qu’ils se complètent harmonieusement, car les deux hommes ne se quitteront plus. Plus tard, sans pourtant s’être consultés, ils se retrouveront tous deux dans la Résistance. Pétré à la tête de l’Armée Secrète et Simon à la tête des Francs-Tireurs et Partisans, chacun suivant sa vocation pour la cause commune.

Après la Libération, devenus officiers supérieurs, ils siègeront à l’Etat-Major de la Région, et seule la mort les séparera.

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Published by Duny-Pétré Arnaud
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commentaires

Fiorillo 23/05/2012 12:38

Est-il possible de se procurer le rapport dans sa totalité ?
Merci

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  • : Colonel Pétré, la Résistance à Marseille
  • Colonel Pétré, la Résistance à Marseille
  • : Biographie du Lieutenant-Colonel Jean-Baptiste Pétré, chef régional de l'Armée Secrète AS à Marseille. Archives de l'AS, de la déportation, de l'épuration. Campagne de France et Résistance durant la 2ème guerre mondiale.
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