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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 20:44

A la mémoire

du colonel Jean Pétré

 

 

Jean Pétré 1955  

Le lieutenant-colonel Jean Pétré en 1955.

 

¦ Cet ouvrage a été écrit à la mémoire du colonel Jean Pétré par l’Amicale des Anciens du 141e RIA, en collaboration avec sa famille et ses amis.

 

Table des matières

 

Etat des services militaires du Colonel Pétré

Préface

Première partie : Du Pays Basque à Marseille

I.-La famille

II.-L’enfant de Saint-Jean

III.-Le jeune homme

 

Deuxième partie : Le jeune officier, Marseille (1925-1939)

I.-Le journaliste et l’écrivain

II.-Le dilettante

II.-L’officier de réserve

 

Troisième partie : La guerre de 1939-1945

I.- Le capitaine

II.- Le président de l’amicale du 141e

III.- Le résistant et le déporté

 

Quatrième partie : La Libération et l’après-guerre

I.- Le retour à Marseille

II.- L’appel de la terre natale

II.- La mort et les obsèques

 

Cinquième partie : L’hommage de Marseille

I.- Cérémonie religieuse du 19 avril 1959

II.- Cérémonie du 26 mai 1959 à Marseille

III.- Inauguration de la plaque commémorative à Saint-Jean-Pied-de-Port

IV.- Dernier témoignage

 

Témoignage de Pierre Duny-Pétré : L’arrestation par la Gestapo de Marseille

du colonel Jean Pétré, chef régional de l’Armée Secrète, le 4 juillet 1943

 

 

Etat des services militaires du colonel Jean-Baptiste Pétré,

 né à Saint-Jean-Pied-de-Port le 27 octobre 1896,

décédé dans la même ville le 7 avril 1959.

 

Au titre des Réserves. Incorporé au 18e Régiment d’infanterie, 2e classe, le 3 septembre 1917.  Nommé caporal le 26 juillet 1918.  Nommé sergent le 26 août 1918.  Nommé aspirant le 7 octobre 1918.  Aux Armées aspirant le 14 octobre 1918. Nommé sous-lieutenant T.T. le 15 juin 1919.  Nommé sous-lieutenant T.D. le 13 avril 1921. Nommé lieutenant le 14 avril 1925.  Affecté au 141e Régiment d’Infanterie alpine, lieutenant le 25 mars 1927. Nommé capitaine le 25 décembre 1937. Nommé chef de bataillon le 25 décembre 1944. Nommé lieutenant-colonel le 25 mars 1946.

 

Décorations et citations

Croix de guerre 1939-1945, étoile d’argent le 25 juin 1940.  Croix de guerre 1939-1945, étoile de bronze le 9 juillet 1940. Croix de Combattant volontaire 1939-1945. Chevalier de la Légion d’Honneur le 15 juillet 1945. Croix de guerre 1939-1945, palme le 15 juillet 1945. Médaille de la Résistance le 17 mai 1946. Officier de la Légion d’Honneur le 29 décembre 1948. Croix de guerre avec palme le 29 décembre 1948. Commandeur de la Légion d’Honneur le 28 mars 1957. Grand Officier de la Légion d’Honneur le 7 août 1959.

 

Préface

 

Un «Comité Pétré» s’est formé, lors de la mort de Jean Pétré, de façon rapide et spontanée : parents et amis personnels du défunt, camarades des PTT, anciens du 141e Régiment d’Infanterie alpine, compagnons de Résistance. Ce comité s’est appliqué d’abord à honorer la mémoire du disparu lors de ses obsèques à Saint-Jean-Pied-de-Port, puis à Marseille lors des différentes cérémonies qui ont suivi. Il a formulé le vœu qu’une brochure plus importante que le numéro spécial de l’Alpin du 141e RIA, fixe le souvenir laissé par Jean Pétré, qu’elle soit de notre part un hommage attristé, mais en même temps affectueux et admiratif. C’est ce que l’on a tenté de réaliser dans les pages que voici. On y trouvera :

- une biographie retraçant les différentes étapes d’une vie, dont beaucoup d’entre nous ne connaissaient qu’une tranche ou qu’un aspect ;

- le récit des obsèques, d’après le quotidien local du Pays Basque, qui est resté ignoré hors de cette région ;

- les allocutions prononcées à Marseille lors de la messe que l’Amicale régimentaire du 141e RIA a fait célébrer et lors de la cérémonie du Fort Saint Nicolas ;

- enfin le compte rendu de l’inauguration d’une plaque commémorative sur sa demeure natale de Saint-Jean-Pied-de-Port.

C’est assez peu de chose au total, bien moins que ce que nous aurions souhaité ; c’est beaucoup mieux que rien, et nous espérons que ces pages aideront les amis si nombreux de Jean Pétré à garder le souvenir de son passage parmi nous.


Première partie : Du Pays Basque à Marseille

 

Jean-Baptiste Pétré est né le 27 octobre 1896 à Saint-Jean-Pied-de-Port (Basses-Pyrénées), ancienne capitale fortifiée de la Navarre française, et dont le nom basque est Donibane Garazi. Son père, Pierre Pétré, était fabricant de sabots, et sa mère, Catherine Carricaburu, était couturière. Il a deux soeurs plus âgées que lui, Marie et Jeanne. A l’intérieur des remparts, vers le haut de la rue d’Espagne, sa maison natale est une ancienne forge de serrurier du XVIIIe siècle, datée de 1756. Elle se distingue des demeures voisines par des inscriptions et des croix sculptées sur les linteaux de la façade, selon l’ancienne coutume de Basse Navarre.

 

I.- La famille

 

Tout ceci nous indique déjà clairement qu’il s’agit d’un Basque. A première vue, son nom de famille Pétré ne présente pas les caractéristiques de certains patronymes basques qui désignent souvent des noms de lieux. Ainsi, le nom de sa mère Carricaburu signifie littéralement «le haut de la rue». Cependant, Pétré serait une déformation francisée de l’ancien prénom Pétry, assez courant parmi les Basques depuis le XVIe siècle, et signifiant Pierre. D’ailleurs, il existe toujours en langue basque une série de prénoms qui ont tous le même sens : Petri, Pette, Petiri, Bethiri, Betti, pour ne parler que des plus courants. Parmi les noms basques de même origine, on peut noter aussi Pétricorrena (celui de Pierre), Petrissans (Pierre-Sanche), Donapetri, etc. De souche essentiellement paysanne, Jean-Baptiste Pétré subit évidemment l’influence du milieu dans lequel il fut élevé.

 

Pétré familia

La famille au début du XXe siècle. A droite, sa mère Catherine Carricaburu, Jean Pétré, sa soeur Jeanne, sa soeur Marie, son père Pierre Pétré (portant un béret).

 

A- Du côté paternel

Nous trouvons surtout des artisans : charpentiers, menuisiers, serruriers, forgerons. Ils se distinguèrent par leur adresse et leur sens artistique. Certaines de leurs oeuvres sont encore visibles à Saint-Jean-Pied-de-Port, qu’il s’agisse des galeries en bois de l’église, des balcons en fer de la rue d’Espagne, ou des grilles et des vieilles croix forgées du cimetière. Peut-être aurons-nous ici l’explication de son penchant inné pour les Beaux-Arts, ainsi que de son sens de la mesure et de l’élégance qui ne le quittait jamais dans tout ce qu’il entreprenait.

Mais de son père, il tient surtout une affabilité extrême, un sentiment de justice assez chevaleresque et qui friserait aujourd’hui le ridicule. Il ne passait pas un mendiant ou un vagabond dans la rue d’Espagne, sans que le maître de la maison ne l’invitât généreusement à la table familiale, au grand désespoir de Mme Pétré qui appréhendait toujours quelque mauvais coup.

 

Rue-d-Espagne-Petre-serrurier.jpg 

Début de XXe siècle, la rue d'Espagne à Saint-Jean-Pied-de-Port, berceau de la famille Pétré.

 

Les greniers de la maison sont pleins de vieux fusils, de pistolets à pierre et de sabres de toute espèce. Ce sont là les souvenirs des guérillas que livrèrent dans la montagne navarraise les partisans du prétendant Don Carlos en 1836 puis en 1873. Et pourtant, la famille Pétré était aussi peu royaliste qu’il est possible au monde, dans cette cité de Saint-Jean-Pied-de-Port où vit le jour en 1828 le Président du Conseil, Charles Floquet. Mais les Navarrais sont des Basques, des frères et des persécutés. C’est ainsi que le grand-père de Jean Pétré  n’hésita jamais à ouvrir la porte de sa ferme aux malheureux partisans carlistes épuisés qui venaient se ravitailler clandestinement en territoire français. Dans sa porcherie, il y eut des dépôts d’armes, dans son champ de maïs des sacs d’écus, et dans sa grange dormaient pendant le jour de pauvres soldats qui ressemblaient à des brigands…

Son sens profond de l’hospitalité, sa bonne humeur foncière, mais aussi une certaine légèreté d’esprit allant jusqu’à l’imprudence, Jean Pétré doit certainement tout cela à la famille de son père.

 

B- Du côté maternel

Les Carricaburu étaient tous des cultivateurs. Originaires de Jaxu, la patrie de Saint François Xavier, ils vécurent sur leurs terres, à Aincille et à Caro où se trouve toujours une vaste tombe de quatre croix navarraises qui porte leur nom.

 

Batalioa-Salaberria-4-guztbis-2006_crop.jpg

La maison natale de Jean Pétré, rue d'Espagne à Saint-Jean-Pied-de-Port en 2006.

 

Ici, nous retrouverons plutôt le bon sens solide du paysan qui connaît la valeur et l’ingratitude des travaux de la terre. C’est aussi l’honnêteté native du Basque qui croit en Dieu, et sa fidélité à toute épreuve lorsqu’il a donné sa parole. C’est enfin l’attachement à la maison natale, car la demeure basque est quelque chose de sacré : on s’endette, on se ruine plutôt que de la voir livrée à des étrangers. Au besoin même, on s’expatrie en Amérique avec l’espoir de gagner assez d’argent pour la racheter. Mais grâce à de tels sacrifices, on a la satisfaction de rester indépendant, fier, et même frondeur : on ne doit plus rien à personne…

Cette idée obsédante d’avoir à gagner sa liberté à la sueur de son front, cette passion de l’indépendance familiale, voilà donc ce qu’il doit à la famille de sa mère.

 

II.- L’enfant de Saint-Jean

 

Jean-Baptiste Pétré grandit donc à Saint-Jean-Pied-de-Port. Le basque étant sa «première langue», il n’apprit le français qu’à l’école communale. Il nous est facile de faire le tour de son univers.

Voici donc la rue d’Espagne qui monte vers le Sud, en direction de Roncevaux. C’est une voie bruyante où retentissent les jurons sonores des muletiers navarrais vêtus de boléros et de culottes de velours serrées à la taille par une immense «cinta» de laine rouge qu’ils entouraient jusqu’au milieu de la poitrine… C’est que la frontière est là, toute proche, et la Basse-Navarre se sent attirée vers Pampelune, son antique capitale. Avant la guerre de 1914, c’est grâce aux infatigables mulets que se faisait ici un petit commerce international, qu’il s’agisse de vins, de laines, de cuirs, de tissus, et de tout ce que pouvait produire l’artisanat local.

Il y a aussi la Citadelle dont on escalade les remparts en compagnie de tous les galopins du voisinage, afin d’entrevoir les exercices des beaux militaires de la claironnante garnison. C’est là un lieu de prédilection pour jouer à la petite guerre, dans les fossés, sur les bastions et les contrescarpes.

Voilà encore la Nive, torrent clair et limpide qui s’abstient parfois de bondir afin de passer dignement sous «les ponts que César éleva»… Elle était surtout peuplée de truites, de goujons et d’écrevisses, pour la plus grande joie des enfants qui s’y baignaient, à une époque où la pêche n’était pas encore «réservée».

  Jeanne, Jean et Marie Pétré

Jean Pétré entre ses deux soeurs, Jeanne et Marie.

 

Enfin, nous avons l’église et le fronton du jeu de paume, ces deux pôles d’attraction traditionnels de la population basque. Au fronton, les parties de pelote se prolongent interminablement en revanches et en belles, au détriment des espadrilles dont les semelles de corde finissent par s’effilocher en «moustaches». Et l’on coupe soigneusement celles-ci, afin de dissimuler à ses parents l’étendue des dégâts… A l’église, le petit Jean-Baptiste est enfant de chœur. C’est un garçon modèle. Il connaîtra bientôt à fond son catéchisme en basque.

L’école communale accueille en lui un enfant très éveillé. Ne connaissant pratiquement pas le français, il devient rapidement le meilleur élève pour la «composition française». Il a même déjà le sens de la discussion et de la polémique et ses dons naturels ne feront que croître et embellir jusqu’à l’époque où il sera connu comme conférencier de talent.

 

III.- Le jeune homme

 

Pour l’instant, ses maîtres lui prédisent une belle carrière dans l’enseignement. Il faut dire que, parmi les rudes montagnards des villages basques, on ne pouvait concevoir alors de destinée plus brillante, à moins de prendre ses dispositions pour se faire prêtre ou militaire… Le jeune Jean-Baptiste partit donc finir ses études à Bayonne. En 1913, il obtint le brevet supérieur. Toutefois la grande ville lui avait ouvert les yeux et les oreilles, et c’est ainsi qu’il se présenta au concours administratif qui venait de s’ouvrir pour le recrutement de Contrôleurs des Poste-Télégraphes-Téléphones. Reçu parmi les premiers, il fut nommé, peu de temps après, dans la région parisienne.

 

Jean Pétré service militaire 1916 

Jean Pétré pendant son service militaire.


Mais la Grande guerre approchait à grands pas. Jean Pétré fit son service militaire au 18e Régiment d’infanterie. On le retrouve bientôt comme élève officier à Cholet. En 1918, il est nommé aspirant et participe aux dernières opérations de la guerre. Ce n’est qu’un gamin d’une vingtaine d’années, tout étonné de se retrouver à la tête d’une section de «vieux briscards». Mais il n’a aucune difficulté à s’imposer et même à susciter l’admiration de «ses hommes».

 

Jean Pétré 1918 

Jean Pétré à la fin de la guerre de la première guerre mondiale.


Démobilisé avec le grade de sous-lieutenant, il reprit ses fonctions de contrôleur des postes à Paris puis à Alençon. Vers 1925, il fut affecté au Service des ambulants de la gare Saint-Charles à Marseille. Là, une vie nouvelle va s’offrir à lui, dans l’euphorie de cette époque «d’entre deux guerres». Son travail de nuit dans les wagons postaux de la ligne Marseille-Lyon, lui laisse régulièrement plusieurs journées de repos par semaine. Avec son vieil ami Emile de Vireuil, il se lance alors passionnément dans le monde du théâtre, de la littérature et du journalisme. Divers journaux tels que Théâtra, puis Massalia, ouvrent largement leurs colonnes à ses articles. Le poste émetteur de Marseille Réaltor offre ses micros à ses conférences.

C’est ainsi que Jean Pétré, postier pendant la nuit, se métamorphose pendant le jour en un élégantissime jeune dilettante, connu sous le nom de Jean Duhalde et que s’arrachent tous les cercles littéraires et artistiques de Marseille.

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Published by Duny-Pétré Arnaud
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  • : Biographie du Lieutenant-Colonel Jean-Baptiste Pétré, chef régional de l'Armée Secrète AS à Marseille. Archives de l'AS, de la déportation, de l'épuration. Campagne de France et Résistance durant la 2ème guerre mondiale.
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